La Guérison de l'Aveugle.

Homélie sur les versets 18;35-43

de l’Évangile selon Saint Luc

 

Aujourd'hui, en plus d'élever notre prière commune, nous tournons comme d'habitude notre regard vers la Parole de Dieu. C'est probablement l'un des moments les plus importants de l'office.

Nous y avons entendu que le Seigneur se dirigeait vers Jéricho (Luc 18;35-43). Il y alla plus d'une fois. Cette fois, il passa à proximité d'un aveugle, assis au bord du chemin et demandant l'aumône. L'aveugle ne pouvait s'orienter qu'en fonction du son, et sa vie était compliquée. Il ne pouvait travailler et demeurait assis à demander la charité.

De tous temps, la société éprouve un certain mépris envers ceux qui sont privés de l'audition, de la vue, ou qui sont affligés de l'une ou l'autre infirmité. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle même sur le plan légal, ces gens ne jouissaient pas des mêmes droits que les gens en bonne santé. Cet aveugle avait sans doute traversé beaucoup d'épreuves, et il était assis humblement au bord du chemin, afin de récolter, à tout le moins, un peu de nourriture. Il entendit que quelque chose se passait autour de lui. Les aveugles entendent, ressentent avec beaucoup de sensibilité. Et donc, il entendit alors le bruit du mouvement de la foule et demanda ce qui se passait. On lui répondit que le Fils de David, Jésus-Christ, passait juste à côté. Et cet aveugle, sans réfléchir, cria immédiatement: «Fils de David, aie pitié de moi». Immédiatement, cet homme clama sa foi, sa confiance, son souhait d'être pris en pitié.

Le Seigneur lui demanda ce qu'il voulait, voulant connaître le souhait de cet homme. Et Il voulait aussi que les autres entendissent que c'était ce souhait qui allait être exaucé. L'aveugle répondit : «Que je voie, Seigneur». Et immédiatement, le Seigneur lui accorda cette miséricorde.

Et ce fut probablement la chose la plus importante dans la vie de l'aveugle, ce qu'il n'avait jamais espéré recevoir, ce qui lui ouvrait une nouvelle voie, et qui augmenta la profondeur de sa foi. Il vit, que l'impossible avait été accompli pour lui.

 

Et pour nous, la chose la plus importante est de voir ici comment le Seigneur attira l'attention sur cet homme rejeté par la société. Et surtout, cet homme avait le désir d'entrer en communion avec le Sauveur et il cria pour être entendu. Nous prions souvent, mais notre cœur crie-t-il?

Avons-nous vraiment en nous le repentir des péchés que nous exprimons dans nos prières? Toute prière commence par dire que nous nous repentons, que nous remercions, et puis nous demandons quelque chose. Notre prière est souvent froide mais notre ardeur se réveille à propos de notre demande. L'action de grâce à notre Dieu est-elle sincère, vient-elle du fond du cœur? Nous sommes-nous vraiment repentis de nos péchés, de nos passions? Tout cela constitue un cri qui sera entendu par Dieu, et si nous en laissons de côté une partie, cela devient une récrimination, un murmure qui ne sera pas entendu. Que faire s'il nous n'avons pas le repentir? Dans ce cas, les saints de Dieu nous offrent leur aide. Un starets d'Optino nous dit que si nous voulons nous corriger, alors cela nécessite la contrition intérieure. On y accède par l'observation attentive des souffrances de notre Seigneur. Quand nous regardons la Croix du Seigneur, Celui Qui est crucifié dessus, nous nous souvenons de ce pour quoi Il a été crucifié, et en nous quelque chose va probablement commencer à se réveiller.

La première chose, et la plus importante à faire est d'arriver à la contrition. Et ensuite, ce n'est pas nous qui nous délivrerons du péché, mais Dieu nous accordera cette délivrance par Sa miséricorde, quand il y aura la contrition dans notre cœur. On peut presque certainement dire que cet aveugle avait la contrition, un «cœur broyé».

On pourrait dire que le Seigneur ne guérirait pas un homme qui n'aurait pas la foi. Mais nous devons toujours comprendre que ce sont les circonstances extérieures de notre vie nous conduisent à la foi et à la contrition. Si nous n'avons pas de problème, alors nous n'aurons pas de contrition, même si nous connaissons notre péché. L'aveugle avait des circonstances de vie difficiles, et grâce à cela, il a pu arriver à la foi juste, à la contrition intérieure. Par conséquent, ne murmurons pas quand les difficultés et le chagrin, la maladie entrent dans nos vies. Tout cela vise à placer notre cœur dans une disposition telle qu'elle sera acceptée par Dieu. Et c'est la chose la plus importante à comprendre : tout ce qui se passe dans notre vie doit être accepté avec humilité. En outre, vous devez apprendre comment réagir, si un proche, un collaborateur, se met colère.

Quand nous entendons parler de la guérison de l'aveugle, nous devons nous rappeler que cela a été précédé par un long chemin de difficultés, de tribulations dont cet homme sortit avec honneur. Le Seigneur nous appelle à faire face à la vie avec honneur, amour, patience, et à confier notre vie à Dieu. Amen.

Saint Grégoire le Théologien

25 janvier / 7 février

 

Grégoire naquit au IVe siècle, en la ville de Nazianze. Sa mère Nonna et son frère, Césaire, sont comptés eux aussi parmi le chœur des saints (Sainte Nonna est fêtée le 5/18 août). Le père du grand et saint évêque fut lui-même évêque de Nazianze. Éduqué dans une famille à la piété aussi élevée, Grégoire aima dès le début de son adolescence la vie stricte et bien réglée. Il fuyait les divertissements enfantins et les spectacles vides , consacrant tout son temps à l'étude et la prière.

Un jour, deux jolies filles lui apparurent en songe, vêtues de simples vêtements blancs et d'une ceinture. Elles avaient les cheveux couverts d'un voile léger, le regard modestement abaissé, les joues roses de l'embarras typique aux jeunes filles et les lèvres closes par le silence. Grégoire, les regardant, sentit une grande joie dans son cœur et demanda aux jeunes filles qui elles étaient. Elles lui répondirent Pureté et Chasteté et dirent qu'elles se tenaient sans cesse devant le trône du Christ, le Roi de Gloire. Ensuite, elles s'élevèrent vers les cieux et Grégoire s'éveilla, rempli d'une joie indicible. À partir de ce moment-là, il s'enflamma ardemment à propos de la pureté de son cœur et de sa chasteté et non seulement il les préserva, mais les augmenta, faisant de son âme un véritable temple du Dieu Vivant.

Ayant de grandes prédispositions pour les sciences, Grégoire reçut une très bonne éducation. Pendant ses études, il fit la rencontre de Saint Basile le Grand et ils devinrent amis pour la vie. Puis, déjà devenus prêtres, Grégoire et Basile vécurent plusieurs années dans un monastère, pratiquant les podvigs du monachisme, et ils rédigèrent ensemble une règle monastique que les ascètes avisés suivirent pendant de nombreux siècles.
A l'époque où l'Église du Christ fut fortement troublée par l'hérésie d'Arius, qui niait la divinité du Fils de Dieu, le père de Saint Grégoire, l'évêque de Nazianze, devenu déjà âgé et infirme, demanda à son fils de revenir dans sa ville natale, pour aider à résoudre les questions théologiques et assumer une partie des tâches de direction de l’Église. Saint Grégoire ne souhait vraiment pas recevoir l'ordination épiscopale, car son âme aspirait à la solitude, au silence de la prière. Plus d'une fois, il se cacha dans un monastère, mais Dieu l'appela encore et encore à assumer cet important ministère. Finalement, Grégoire obéit à la volonté de Dieu et devint évêque. Il œuvra beaucoup pour aider son père, et Saint-Basile dans la direction de l'Église et surtout dans la lutte contre les hérésies.

Toute la pensée de Saint Grégoire était tournée vers Jésus-Christ, et il pénétra si profondément par ses pensées les profondeurs inexplorées de Dieu, que l'Église l'a honoré du nom de théologien. Il travailla avec acharnement afin de protéger l’Église contre les fausses doctrines, menant des joutes oratoires avec les hérétiques, prêchant les vrais dogmes au peuple et exposant la doctrine orthodoxe dans ses livres.

 

Quand il arriva à Constantinople, il débarrassa la capitale des fausses doctrines, et les orthodoxes l'aimèrent tellement qu'ils le choisirent comme Patriarche de Constantinople. Mais par la permission de Dieu, de mauvaises gens organisèrent des troubles dans l'Église, voulant éloigner Saint Grégoire. Alors, il quitta volontairement le trône patriarcal et retourna dans son pays natal. Là, le Saint mourut paisiblement, à un âge avancé. Et maintenant, dans une gloire inaccessible, il se tient devant le seul Dieu, Père, et Fils, et Saint-Esprit, Trinité Une et Indivisible. Amen.

Saint Antoine le Grand

17/30 janvier

Saint Antoine naquit en Égypte dans une famille pieuse. Il reçut au cours de son enfance une éducation chrétienne stricte et par la suite, se détournant des jeux d'enfants, il s'employa lui-même à préserver la pureté de son cœur, aspirant à une piété florissante. Antoine aimait accompagner ses parents à l'église. Et il s'efforçait d'observer tous les commandements de Dieu. 

A l'inverse de nombreux enfants, il ne réclamait pas de délicieuses nourritures à ses aînés ; toujours, il se contentait de ce qu'on lui donnait. Lorsque ses parents décédèrent, Antoine, distribua tout ses avoirs et se mit à apprendre la vie d'ermite, l'humilité et la tempérance. 

C'est alors que le diable, l'ennemi du genre humain, se dressa contre Antoine, souhaitant le détourner du chemin de vérité. Il lui envoya des pensées pécheresses. Antoine les chassa par la prière continue. Il le troubla par des visions et des émotions impures. Antoine repoussa tout cela par la pensée du Jugement Dernier.

Il fut même battu par les démons, se retrouva allongé sur le sol, quasi mort. Et malgré que ses blessures corporelles lui causaient de grandes douleurs, Antoine demeura ferme en son âme. Mais le Seigneur de Miséricorde ne l'abandonna pas dans sa lutte pénible contre les démons. Un jour, Antoine aperçut un rayon de lumière descendre d'en haut vers lui, dissipant les ténèbres. Soudain, des démons, il n'en demeura plus un seul, et les douleurs physiques s'apaisèrent. Reconnaissant en cela la visite de Dieu, le Bienheureux soupira profondément en son cœur et s'écria : «Où étais-tu Jésus miséricordieux? Pourquoi n'es-Tu pas venu dès le début guérir mes blessures?» Une voix retentit, s'adressant à lui : «Antoine! J'étais ici! Mais j'attendais, souhaitant voir ton courage. Maintenant que tu as fermement soutenu la lutte, Je t'aiderai toujours, et Je te glorifierai dans le monde entier».

Entendant cela, Antoine se redressa et sentit en lui une force telle qu'il lui sembla qu'il était devenu plus fort qu'avant la lutte contre les démons.

Après cela, il se mit en route, sans plus aucune crainte, vers le lointain désert et s'y installa dans un ermitage complètement isolé, n'en sortant jamais et ne recevant personne. Ainsi, Saint Antoine vécut vingt années dans une lutte incessante contre les démons, éloigné des gens. Mais il vint un temps où par la volonté de Dieu, le Saint devint pour autrui un maître et un guide sur le chemin vers le Royaume des Cieux. Avec le temps, de nombreux disciples l'entourèrent, qu'il avait incités à se détourner du monde et de leur ego. De nombreux monastères se formèrent, auxquels il donna une règle et dont il guidait avec amour  les moines dans leur vie d'ascèse. Les disciples de Saint Antoine servaient Dieu d'un cœur unanime, dans l'amour mutuel, et la concorde. Saint Antoine leur disait qu'en un instant le diable pouvait pousser le monde à la perdition, mais qu'en réalité, il n'a aucune force : notre Dieu Tout Puissant le maîtrise, et il craint le signe de la croix et toute vie vertueuse. Une vie pure, la foi en Dieu et l'amour pour le Christ ont une grande force contre le diable. 

Une nuit, Saint Antoine entendit une voix venue d'en-haut, qui lui disait : «Lève-toi, Antoine, sort et regarde». Antoine sortit et, regardant vers le haut, vit quelqu'un de terrible, si grand que sa tête touchait les nuages; il vit d'autres êtres, comme ensevelis et cherchant à s'élever vers le ciel, mais le terrible géant tendait la main et essayait de leur barrer le chemin, de plus il s'emparait réellement de certains et les repoussait vers le bas. D'autres parvenaient à l'éviter et à s'envoler vers le haut. Les voyant, le géant grinçait des dents, dans sa colère impuissante. Et Antoine entendit de nouveau la voix: «Essaie de comprendre ce que tu vois». Alors son esprit s'ouvrit, et il commença à comprendre que des âmes humaines montaient vers le ciel. Le diable les en empêchait, parvenant à retenir les pécheurs et les garder en son pouvoir, mais sa force ne pouvait atteindre les saints; il ne pouvait pas les retenir.

Le Seigneur donna à Saint Antoine le don des miracles: par la prière, il guérissait les malades, chassait les démons, convertissait les infidèles au Christ, prédisait l'avenir des individus et de toute l’Église. En lui s'accomplirent les paroles du Sauveur: «je glorifierai celui qui me glorifiera». 


Antoine, se cachant délibérément du monde dans le désert sur la montagne, ne voulait pas et ne cherchait pas la gloire. Mais le Seigneur lui-même révéla et montra à tous ce luminaire de la foi et de la piété, afin que, en le regardant, les gens apprennent les vertus et glorifient Dieu le Père, le Fils, et le Saint-esprit, à Qui revient la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

Homélie sur les versets 18 ; 18-27, de l’Évangile selon Saint Luc

 

«Si tu veux entrer dans la Vie éternelle, observe les commandements». Voilà les paroles que nous entendons aujourd'hui lors de la lecture de l’Évangile selon Saint Luc.

Mais dans les Saintes Écritures, c'est à de nombreuses reprises qu'on nous parle de la nécessité de mettre en œuvre les commandements, car il s'agit d'une condition indispensable de notre relation avec le Seigneur et de notre bonheur dans la vie présente et dans la vie du siècle à venir.

 

Aujourd'hui, le récit de l'Évangile nous raconte qu'un personnage notable, que l'on désigne sous le vocable de «chef», vint vers le Seigneur pour Le tenter et Lui demanda ce qu'il devait faire pour obtenir la vie éternelle. Il a appelé le Seigneur «bon». Mais le Seigneur savait que cet homme ne Le considérait pas comme bon, alors le Seigneur lui répondit : «Pourquoi M'appelles-tu bon? Il n’y a de bon que Dieu seul», mais si tu veux hériter la vie éternelle, observe les commandements: «Ne commets point l’adultère ; ne tue point ; ne dérobe point ; ne porte point de faux témoignage ; honore ton père et ta mère». 

Celui qui interrogeait le Seigneur répondit que tout cela il le faisait depuis sa jeunesse. Alors le Seigneur le regarda et dit : « Une chose te manque encore : vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, et suis-moi. »

Mais cet homme, après avoir entendu cette instruction du Seigneur, s'est indigné en son esprit, parce qu'il était riche et que cela n'était pas acceptable pour lui. C'est pourquoi le Seigneur dit alors à ceux qui l'entouraient : «Combien il est difficile pour ceux qui possèdent la richesse d'entrer dans le Royaume de Dieu! Il est en effet plus aisé pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille que pour un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu». Ceux qui l'entouraient ont alors demandé comment ils pouvaient être sauvés. Et le Seigneur répondit: « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu».

Voilà donc le récit de l'Évangile, qui nous parle de la nécessité d'observer les commandements afin d'atteindre la béatitude, dans la mesure du possible dans la vie présente, car c'est seulement dans la vie du siècle à venir que cette béatitude se dévoile. Ainsi, pour atteindre la vie éternelle, il est nécessaire d'observer les commandements, d'observer la Sainte volonté de Dieu. Cela consiste précisément en ce que chacun fasse la volonté de Dieu, s'efforce d'accomplir les commandements, ces testaments que le Seigneur Lui-même nous a laissés, afin que nous nous perfectionnions moralement en les mettant en œuvre. Ce ne sont pas seulement des préceptes théoriques dépourvus de rapport avec la vie morale de l'homme. Au contraire, en mettant en œuvre ces commandements, nous atteignons la perfection morale. Et nous savons que nous devons respecter les commandements de l'Ancien Testament à cet égard, car le Seigneur Lui-même les a donnés par l'intermédiaire du Prophète Moïse. 

Le Seigneur nous a rappelé aujourd'hui, en donnant des instructions à ce notable, que nous aussi devons respecter ces commandements ; il s'agit de la loi éternelle. Mais cet homme qui interrogea le Seigneur fut attristé quand il a entendit qu'il devrait vendre sa propriété et en distribuer le produit aux pauvres,  et cela, malgré qu'il ait dit qu'il avait gardé les commandements rappelés par le Seigneur. Mais apparemment,  il n'avait pas respecté suffisamment la manière dont ils devaient être mis en œuvre; en effet, ce qui importe n'est pas seulement la démarche extérieurement vertueuse, mais la nécessité d'effectuer cette démarche avec la disposition d'âme correspondante. 

Saint Basile le Grand explique qu'une personne peut accomplir la volonté de Dieu, les commandements du Seigneur, sur base d'impulsions différentes : par peur du châtiment, par désir de recevoir une récompense ou par amour. Ce sont les trois états ou impulsions par lesquels chacun peut se laisser guider dans sa vie. Mais, naturellement, l'accomplissement des commandements par crainte, c'est le degré le plus bas. Saint Basile le Grand qualifie cela d'état d'esclave. L'esclave a peur du maître, peur de la punition pour avoir violé les ordres. C'est pourquoi il essaie, d'une part, de ne pas violer l'ordre, et d'autre part, de l'exécuter. 

Le deuxième état est le mercenariat, parce que le mercenaire attend une récompense pour l'accomplissement des commandements, il ne se soucie pas de ses propres dispositions intérieures, mais il sait que s'il obéit, il recevra la rétribution correspondante. Par conséquent, Saint Basile le Grand qualifie cela d'état de mercenaire. Le troisième état est l'état de fils, parce que le fils, par amour pour son père, accomplit les commandements de celui-ci. L'amour est ce qui doit toujours être à la base du comportement de l'homme, car le Seigneur Lui-même a dit que l'amour est la vertu sur laquelle la loi et les prophètes sont affermis. En effet, c'est le commandement fondamental qui, bien que proclamé dans l'Ancien Testament, fut révélé dans son intégralité par le Seigneur Lui-même, Qui fit preuve d'amour sacrificiel. Comme le Seigneur Lui-même le dit : «Dieu a tellement aimé le monde qu'Il a envoyé Son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne meure pas, mais ait la vie éternelle.» Grâce à cet amour sacrificiel, le Seigneur a accompli la rédemption de tout le genre humain, et c'est pourquoi ce troisième état, l'état de fils, où l'homme ne fait que de bonnes œuvres par amour, est exactement ce qui est exigé du vrai fidèle au Christ. 

 

 

Saint Basile le Grand dit qu'une vertu accomplie sous la contrainte ne peut être considérée comme une vertu. La vertu est une situation de libre arbitre de l'homme. C'est la libre volonté de l'homme qui l'incite à faire certaines bonnes actions. Dans le même temps, Saint Basile le Grand dit aussi que lorsque nous parlons de la nécessité d'accomplir des vertus motivées par l'amour, nous devons nous efforcer de mettre en œuvre toutes les vertus. Si quelqu'un est atteint de nombreuses maladies et parvient à se débarrasser de toutes ces maladies sauf une, cela lui fait peu de bien, car cette maladie restante peut entraîner sa mort.

Saint Théodose le Grand

11 / 24 janvier

 

Saint Théodose naquit dans une famille pieuse. Grandissant, il étudia attentivement les Saintes Écritures. A l'église, il devint lecteur. A la lecture des instructions spirituelles, il fut enflammé par l'Esprit. Il voulut alors tout abandonner et suivre le Christ sur la voie étroite des afflictions. Réfléchissant à cela, Saint Théodose pria Dieu: «Guide-moi, Seigneur, sur Ton chemin, et j'avancerai dans Ta vérité».

Mettant ensuite son espoir en Dieu, il se rendit à Jérusalem. Sur le chemin, Théodose alla voir Saint Siméon le Stylite, en haut de sa colonne, et lui demanda sa bénédiction et ses prières. Le Saint étreignit et embrassa Théodose, lui prédit beaucoup de choses quant à son avenir et, l'ayant béni, le laissa partir.

À Jérusalem, Théodose se rendit auprès du Saint Starets Longin et, sous sa direction spirituelle, il fut formé à la vie monastique et à toutes les vertus. Après un certain temps, sur les instructions du starets, il partit vivre dans le désert. Saint Théodose ne souhaitait qu'une chose : toujours accomplir tous les commandements du Seigneur; il aimait tellement Dieu qu'il ne s'adressait qu'à Lui seul de tout son cœur et de toutes ses pensées. Sa prière était incessante, ses exploits étaient extraordinaires. Il passait toutes les nuits en prière et mangeait juste pour ne pas mourir de faim, nourrissant son âme sans cesse par la parole de Dieu. Vivant ainsi, Théodose devint célèbre dans toute la Palestine, et bientôt des moines se rassemblèrent autour de lui, désireux d'imiter ses exploits. Au début, le saint homme avait sept disciples et ils vivaient tous dans une seul et même grotte, mais peu à peu, le nombre de frères augmenta tellement qu'ils ont construisirent un monastère. La Laure de Saint Théodose devint célèbre et glorieuse, et une cénobie y fut instituée.

Le Seigneur donna tout en abondance à cette Laure, et non seulement les moines y trouvaient la paix, mais aussi des laïcs, des vagabonds, des mendiants, des malades et des infirmes. Saint Théodose avait le cœur généreux, aimant son prochain; il était miséricordieux. Et Dieu, qui est Lui-même Amour, voyant cet amour de Son Saint pour son prochain, bénit le monastère de telle sorte que chaque petite quantité de nourriture se multipliait invisiblement et rassasiait un nombre incalculable de gens. Le nombre de frères, tous enfants spirituels du Saint, que celui-ci avait ressuscités spirituellement, éduqués à l'aide de ses instructions paternelles et dirigés vers la vertu, atteignait 693. Beaucoup d'entre eux devinrent rapidement confesseurs et guides de moines dans d'autres monastères, ayant appris la bonne conduite auprès de Saint Théodose, Starets rempli de sagesse spirituelle et de raison.

Avec tous le Saint Moine était doux, mais il s'élevait avec fermeté et redoutable sévérité contre les hérétiques. Quand un empereur mauvais tenta de le détourner de l'Orthodoxie, le Saint Père Théodose lui répondit: «Empereur! Sache que lorsque nous sommes confrontés à l'une des deux choses suivantes : soit vivre dans le mal, soit mourir honnêtement en observant les dogmes véritables des Saints Pères, nous préférons la mort». Et il maudissait les hérétiques.


Le nombre de miracles de Saint Théodose est incalculable. Il guérissait les malades, chassait les démons, prédisait l'avenir des hommes et des nations entières, aidait de manière invisible et aide encore maintenant tous ceux qui invoquent son nom.

La Semaine qui suit la Théophanie.

L'association à la Lumière Divine

 

L’Évangile d'aujourd'hui nous a parlé du début de la prédication de notre Seigneur Jésus Christ. «Quand Jésus eut appris que Jean avait été mis en prison, il se retira en Galilée.»(Mat.4;12)  Le Sauveur ne commença pas Sa prédication là où, semblait-il, Il eût pu trouver les auditeurs plus bienveillants et préparés, comme par exemple à Jérusalem. Il partit pour un lieu que l'on considérait comme quasiment païen, là où parmi les Juifs vivaient une multitude de païens. A cette époque, la Galilée était peuplée surtout de gens simples, occupés à des métiers sans prétention, paysans, pêcheurs. «Et laissant la ville de Nazareth, il vint demeurer à Capharnaüm, sur les bords de la mer, aux confins de Zabulon et de Nephtali»(Mat.4;13) L'Évangile dit que le Sauveur quitta la ville où Il grandit jusqu'à l'âge de trente ans, parce que tout le monde Le connaissait comme homme tout à fait ordinaire et tout simple, le fils du charpentier, qui continuait à exercer ce même métier, et on ne pouvait donc Lui accorder une confiance particulière. Par exemple, après le sermon du Sauveur, les habitants de Nazareth dirent : «N’est-ce pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes parmi nous ? D’où lui viennent donc toutes ces choses ?», à quoi le Sauveur répondit : « Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie et dans sa maison ». C'est pourquoi notre Seigneur Jésus-Christ entama Sa prédication à Capharnaüm, «afin que s'accomplisse cette parole du prophète Isaïe :  Terre de Zabulon et terre de Nephtali, qui confines à la mer, pays au-delà du Jourdain, Galilée des Gentils ! Le peuple qui était assis dans les ténèbres a vu une grande lumière». Le Prophète Isaïe qualifie ce pays de «Galilée des Gentils», car s'y exerçait l'influence significative de la population païenne.

Et le peuple de Galilée est appelé le peuple «assis dans les ténèbres, dans la région de l'ombre de la mort», c'est-à-dire dans de mortelles ténèbres.  Ces gens étaient tellement ignorants et loin de la véritable connaissance de Dieu qu'ils semblaient déjà assis dans l'ombre de la mort. Et la lumière brilla pour eux. Comme l'a dit le prophète, ils «virent une grande lumière». Quand nous lisons dans les Saintes Écritures les mots «la lumière a brillé», «nous avons vu une grande lumière», il nous semble, par suite de notre inexpérience spirituelle, que ce sont des expressions allégoriques représentant la prédication de l'Évangile. Et en effet, on peut à juste titre qualifier celle-ci de grande lumière, mais ce n'est pas le seul sens et, à mon avis, même pas le sens principal de l'expression «la grande lumière a brillé». Souvenons-nous du récit de l'Évangile selon lequel notre Seigneur Jésus-Christ Se transfigura devant Ses trois disciples et Son visage brillait comme le soleil, et Ses vêtements étaient blancs comme la neige ou la lumière, et les disciples du Sauveur, les Apôtres Jacques, Jean et Pierre se sont prosternés de peur. Nous voyons que les paroles du Prophète Isaïe peuvent être comprise dans leur sens tout à fait littéral. Et nous ne devons pas imaginer que notre Seigneur Jésus Christ S'est transfiguré une seule fois, sur le Mont Tabor, pour leur montrer à Ses disciples les plus proches qu'il était en Vérité Fils de Dieu. Ne ne devons pas penser que cela ne s'est plus produit et ne peut plus se produire. Si nous-mêmes, par négligence, par paresse spirituelle, par inexpérience, n'avons pas fait l'expérience de la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ comme étant la vraie lumière, cela ne signifie pas que cela n'est pas possible. De nombreux ascètes furent trouvés dignes de cette gloire. Bien sûr, pas tous, mais ils furent relativement nombreux à le faire, si on garde à l'esprit combien grandes sont la gloire de la connaissance de Dieu et sa vision comme une lumière ineffable, incompréhensible et surnaturelle. Parfois, ils furent trouvés dignes de voir le Seigneur Jésus-Christ Lui-même transfiguré et rayonnant une grande lumière de grâce qui n'agit pas tant sur les yeux des hommes que sur l'âme et l'esprit. Cette lumière relie l'esprit de l'homme à la gloire divine d'une manière immuable, le remplit de consolations spirituelles extraordinaires et douces. Selon l'Apôtre Paul, non seulement l'homme ne pourra jamais les entendre ou les voir, mais il ne pourra même pas y penser et imaginer ce que c'est, s'il n'en fait pas lui-même l'expérience. En effet, la prédication de l'Évangile est une prédication sur la Lumière Divine, sur ce que tous les hommes doivent faire pour entrer dans cette Lumière Divine et être éclairés par une gloire divine inépuisable. Si vous prenez les chrétiens orthodoxes les plus ordinaires, les paroissiens ordinaires d'une église, il peut sembler que ces gens n'ont pas une expérience spirituelle riche et profonde et savent ce qu'est la lumière Divine, seulement de façon théorique. Mais ces consolations dans la douceur qu'ils ressentent avant tout lors de la Communion aux Saints Mystères du Christ, lors de la prière attentive, de la participation aux Offices, tous ces sentiments ne sont pas vains, ils ne sont ni imagination ni rêve.

On ne peut pas ressentir ce qui n'est pas. Et la consolation que nous ressentons dans notre âme en priant ou en recevant les Mystère est l'action de cette Lumière Divine très ineffable, appelée par le prophète Isaïe «la grande lumière». Par conséquent, ces paroles de l’Écriture peuvent non seulement être interprétées comme une représentation allégorique de la prédication de l'Évangile, mais aussi être comprises dans le sens le plus littéral, même si cela semblait étrange. De plus, les paroles mêmes de la prédication, que ce soit la prédication de notre Seigneur Jésus-Christ Lui-même, ou de Ses disciples, ou des disciples, des apôtres, des saints pères, ou en général de tous les évêques et prêtres, s'ils prêchent de manière orthodoxe, sont elles aussi l'action de cette grande lumière Divine. S'il n'y avait pas eu dans les paroles de la prédication une action Divine inépuisable, cette grande lumière insondable, alors personne ne pourrait jamais prendre l'Évangile à cœur et y croire, personne ne se précipiterait vers la hauteur extraordinaire de l'enseignement du Sauveur. Regardons-nous; nous comprenons tous que la plénitude des commandements de l'Évangile est presque inaccessibles pour nous. Cependant, une certaine force nous entraîne et incite notre bon-vouloir à tenter de les mettre en œuvre. Qui croirait les enseignements élevés de l'Évangile si de ses paroles sacrées ne rayonnait la Lumière Divine  et, pourrait-on dire, si ces paroles elles-mêmes n'étaient pas une action Divine, cette grande véritable lumière, c'est-à-dire l'action de la grâce? Lorsque nous lisons ou écoutons l'Évangile (bien sûr, avec une certaine attention), malgré la simplicité de ses expressions, nous ressentons la force extraordinaire qui en découle. Beaucoup d'écrivains, essayant de prouver des idées ou d'imposer leurs sentiments aux lecteurs, ont recours à des formes extraordinairement sophistiquées pour séduire et hypnotiser les lecteurs avec leurs propres mots, et s'ils réussissent, c'est seulement avec difficulté. L'Évangile, malgré toute sa simplicité et son absence de sophistication, donne à l'homme, un tant soit peu attentif et sincère, une impression extraordinaire, précisément parce que ce livre est la Lumière Divine elle-même, revêtue de la forme des paroles humaines. C'est le pouvoir de l'Évangile et le pouvoir de la prédication. Et nous devons nous efforcer de nous unir à Dieu et d'être éclairés par cette puissance divine, par cette action que nous recevons de Lui sous des formes multiples, par le biais de la prédication de l'Évangile, des Mystères ou de notre prière.

«À partir de ce moment-là, Jésus commença à prêcher, disant : repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche». Ces brèves paroles, qui sont sans aucun doute aussi l'action de la Lumière Divine, contiennent beaucoup de choses. Elles disent qu'il est nécessaire de faire en sorte que cette grande Lumière, le Royaume des Cieux, brille dans nos cœurs, non pas au sens figuré, mais vraiment, en vérité. Pour cela, nous devons nous repentir. Le Royaume des Cieux lui-même, la Lumière elle-même s'est approchée de nous, elle est venue dans l'ombre de la mort, dans cette obscurité où nous sommes. Et maintenant, pour qu'elle brille en nous, une seule chose est nécessaire: notre repentir. Le repentir est en quelque sorte la fenêtre par laquelle la Lumière pénètre à l'intérieur de notre âme. Et il dépend de nous d'ouvrir cette fenêtre ou de la laisser fermée.

 

 

Le Baptême du Seigneur et ses trésors sacrés, dans la Tradition

De la même manière que pour chaque chrétien, la naissance est suivie peu de temps plus tard par la baptême, la Nativité du Christ est suivie par une autre des douze grandes fêtes, célébrée le 6 / 19 janvier: le Baptême du Seigneur, ou comme on l'appelle aussi, la Théophanie.

 

Les orthodoxes connaissent bien le récit évangélique de Jésus-Christ recevant le baptême de l'eau dans les eaux du Jourdain, d'où est tiré le nom de la fête : le Baptême. Mais peut-être tout le monde ne se souvient-il pas de l'origine de son deuxième nom: la Théophanie?

 

C'est dans les versets de l’Évangile qu'on peut trouver la réponse à cette question. On y raconte qu'au moment du Baptême du Seigneur, le Saint-Esprit descendit sur le Christ sous la forme d'une colombe, et la voix de Dieu le Père retentit du ciel : « Celui-ci est Mon fils bien-aimé, en lui est ma faveur». Ainsi, le Seigneur s'est manifesté dans la triunité des Hypostases Divines: le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Je veux m'arrêter sur un autre point important: malgré le fait que la fête du Baptême se réfère au Seigneur, c'est-à-dire qu'elle est principalement consacrée à la personne du Christ, il ne faut pas oublier un autre Saint qui est directement lié à ces événements : Saint Jean le Baptiste. Nous savons tous que c'est par lui que Jésus fut baptisé dans les eaux du fleuve Jourdain. Et pourtant, sa personnalité est presque toujours reléguée au second plan, bien qu'elle soit liée au Christ par des liens indissolubles. Rappelez-vous que le récit évangélique du Baptême du Sauveur commence par l'histoire de Saint Jean le Baptiste, le précurseur du Seigneur, et de ses prédications. La Tradition de l’Église nous enseigne que la très Sainte Vierge et Mère de Dieu et la mère de Saint Jean le Baptiste, Sainte Élisabeth, étaient cousines. Jean n'avait que six mois de plus que Christ et, à certains moments, sa biographie ressemble à la vie terrestre du Christ. Tout comme le Christ, il chemina avant de commencer à prêcher, il endura la solitude volontaire dans le désert et le jeûne rigoureux et prolongé. Ce ne fut pas par hasard que le Christ Lui-même appela Jean le plus grand de tous les prophètes nés d'une femme.

 

On se souvient aussi plus rarement des sermons de Saint Jean le Baptiste que des prédications du Christ, et l'Évangile en parle moins. Que sait-on d'eux et qu'est-ce qui les distingue ?

 

Saint Jean le Baptiste a prêché dans de nombreux endroits, mais ses prédications les plus importantes furent ses sermons sur les rives du fleuve Jourdain,  lieu des ablutions religieuses traditionnelles des Juifs, et donc déjà considéré comme sacré. Le principal leitmotiv de tout ce que Jean cherchait à transmettre au peuple était le repentir des péchés. «Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est proche», disait-il, identifiant ce Royaume à la venue imminente de Jésus-Christ, préparant le peuple à L'accueillir et à vivre vie une nouvelle avec le Seigneur. Le Saint Précurseur souligna toujours cela, rappelant constamment «Après moi vient Celui qui est plus grand que moi». Et ce n'est qu'après la repentance qu'il appelait au «baptême pour la rémission des péchés». Il est important de comprendre que le baptême de Jean était précisément un baptême de repentir, contrairement au Mystère du Baptême que l'Église accomplit maintenant, à l'image de la Sainte Trinité, dans une vie nouvelle et éternelle. Et pourtant, il était sans équivoque le prototype du Baptême contemporain.

 

Pourquoi accepte-t-on de nos jour de baptiser les enfants en bas-âge, alors que Jésus reçut le baptême à l'âge adulte ?

 

Nous savons effectivement qu'au moment de Son Baptême Jésus Christ avait atteint l'âge de trente ans, et dans les premiers temps du christianisme, il était d'usage de baptiser les gens lorsqu'ils avaient atteint l'âge adulte et avaient conscience de la démarche. On considérait qu'ils devaient comprendre l'essence de ce Mystère, s'y préparer en tant que catéchumènes, et parfois, en parcourant un certain chemin spirituel. Et cela a du sens, mais la mort peut surprendre l'homme à n'importe quel âge, et notamment pendant son enfance. Jadis ceci arrivait assez fréquemment, et le défunt s'en allait, privé de baptême. Maintenant, nous tenons compte de cela et dans la mesure où le petit enfant ne peut recevoir consciemment le Mystère du Baptême, celui-ci est accompli à travers la foi du parrain, de la marraine, c'est-à-dire, les parents de baptême.

Fait intéressant, dans les premières représentations de l'événement du Baptême du Seigneur, le Christ apparaît souvent jeune et sans barbe. Plus tard, dans le cadre de l'iconographie, il a commencé à être représenté de façon traditionnelle, ayant atteint l'âge approprié. Mais en tous temps cet événement a invariablement été représenté dans la version à deux personnages, où Saint Jean le Baptiste est présent à côté du Christ.
Une autre tradition dans l'ancienne Église était le baptême des catéchumènes, comme on appelait alors les convertis, lors de la fête du Baptême du Seigneur. Cela se passait également le Grand Samedi, afin que les gens puissent célébrer la grande fête de Pâques en étant déjà baptisés. On essayait généralement de faire coïncider les baptêmes de masse avec le jour de la Théophanie, à l'image du Baptême du Christ Sauveur Lui-même. Ce n'est pas en vain que ce jour de fête est appelé le «jour de l'illumination», la «fête de la Lumières» qui éclaire l'âme et lui donne de la force.

Et justement, le Baptême du Seigneur fut le jour de la première apparition du Christ au peuple d'Israël. Je ne sais pas si l'artiste Ivanov avait réfléchi à cela, quand il donna ce nom à son célèbre tableau, mais il se fait que ce nom correspond précisément au propos. C'est à partir du moment du Baptême, de la Théophanie, que le Christ fut suivi par ses premiers disciples; André, qualifié non par hasard, de «Premier Appelé» et son frère Simon qui par la parole que lui adressa le Sauveur fut nommé Pierre. Après eux, Philippe et Nathanaël. Ainsi, une nouvelle page de la vie terrestre de Jésus Christ fut ouverte: Son service au monde commençait.


Les deux Évangiles, ceux de Matthieu et Luc, mentionnent également des événements ultérieurs de la vie du Christ: la façon dont Il s'est retiré pendant quarante jours dans le désert, où Il a passé tout ce temps à jeûner pour Se préparer au service à l'humanité. Ce jeûne de quarante jours nous rappelle certainement le Grand Carême. Mais il ne faut pas oublier que le jeûne est aussi prescrit la veille du Baptême, le 5/18 janvier. Ceci étant, si la fête du Baptême tombe le mercredi ou le vendredi, il n'y a pas de jeûne ce jour-là, à cause de la solennité de la fête.

 

Pour la majorité des gens, même ceux qui sont loin de l'Orthodoxie, le Baptême est associé à la consécration de l'eau.

 

Ce n'est pas surprenant, car cette tradition a existé, immuablement, depuis les premiers siècles du christianisme jusqu'à nos jours, et elle restera pour toujours une partie caractéristique et inaliénable de la fête. L’Église appelle aujourd'hui sanctification de l'eau ce grand événement, sans doute un des plus grands, celui de l'eau ordinaire qui acquiert des propriétés miraculeuses.
Je vous rappelle que la grande consécration de l'eau est célébrée deux fois : la veille du Baptême, le 5/18 janvier et le 6/19, le jour même de la fête. La tradition de sanctifier l'eau la veille de la fête remonte à l'ancienne pratique des baptêmes de masse de convertis, mentionnée ci-dessus.

Une autre tradition est à la source de la consécration de l'eau lors de la Théophanie: la tradition née parmi les chrétiens de Palestine qui se rendaient au Jourdain, à l'endroit même où le Christ avait été Baptisé. En les imitant, nous qualifions la grande consécration de l'eau de «marche au Jourdain». Dans la tradition d'avant la révolution, il était d'usage de célébrer la consécration de l'eau le 5/18 janvier dans l'église et le 6/19 sur des plans ou cours d'eau ouverts. Mais maintenant, les deux grandes célébrations ont lieu le plus souvent à l'intérieur de l'église.

 

Existe-t-il une différence entre l'eau consacrée le jour de la fête et celle consacrée la veille ?

 

Absolument aucune différence. L'une et l'autre sont qualifiées «d'eau du Baptême», elles sont consacrées à travers le même office et ont les mêmes propriétés. Selon la tradition ancienne, les gens ont toujours essayé d'obtenir tant l'eau de la veille de la fête que celle du jour de la fête. Pas à cause d'une différence entre elles, mais parce que la sanctification de l'eau est en soi un rite de la grâce, qui signifie la présence de Dieu sur terre, avec nous.
L'eau du Baptême a un grand pouvoir, cela ne fait aucun doute. On peut parler longuement de ses propriétés, qui apportent aux gens guérison physique et spirituelle. Je dirai seulement que dans les temps anciens, les gens qui avaient commis des péchés graves et étaient privés dès lors des Saints Dons, pouvaient communier avec cette eau.

Et bien sûr, il est indispensable d'adopter une attitude respectueuse envers l'eau du Baptême. Conservez-la dans le beau coin, auprès des icônes. Et si quelqu'un conserve de l'eau en grande quantité, alors que ce soit dans un endroit propre et agréable, et non dans le réfrigérateur ou le sous-sol, et dans un récipient en verre propre, pas dans des bouteilles en plastique ayant contenu toutes sortes de boissons. Vous pouvez toutefois y récolter l'eau, mais ensuite, il faut absolument la transvaser. Et ce n'est pas pour qu'elle ne se corrompe pas, avec une attitude respectueuse cela n'arrivera jamais, mais simplement par respect.

Une autre coutume est étroitement liée au Baptême — le bain dans une trouée de glace. Comment l'Église considère-t-elle cela ?

Bien que ce soit une marque de piété, il s'agit juste d'une tradition, pas une sorte de rite sacré. Beaucoup de nos ancêtres étaient convaincus que ce bain lors du Baptême les laverait de tous les péchés, y compris ceux liés aux divinations à l'occasion de la fête de la Nativité, qui, malheureusement, étaient très fréquents. Et la fête du Baptême, comme vous le savez, clôt la période des saints jours de la Nativité. Bien sûr, il n'est pas correct de penser ainsi. Se baigner lors de la Théophanie ne lave pas les péchés. Cela ne se produit que dans le Sacrement du Baptême, lors d'une rencontre personnelle avec Dieu. Et, bien sûr, la baignade ne dispense pas de la présence à l'église pour les offices de la Fête.

Les invités au festin.

Homélie pour la 28e semaine après la Pentecôte.

 

Heureux celui qui aura part au banquet dans le Royaume de Dieu !   (Luc14,;15)

 

Elle approche, la merveilleuse fête de la Nativité du Christ. L'étoile de Bethléem, qui nous montre le chemin, resplendit déjà sous notre regard spirituel. Elle nous appelle auprès d'elle, comme elle appela les sages mages. Petit à petit, nous commençons à entendre l'hymne des anges : «Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté» (Luc2;41). Elle nous annonce, comme elle le fit jadis aux bergers de Bethléem, que nous attend l'Incarnation de l'Amour du Seigneur, le Christ Enfant-Dieu.

Le Roi des cieux Lui-même nous appelle à la grande fête de la Nativité de son Fils dans le monde d'ici-bas. Nous appartenons tous à la famille chrétienne. Par le Saint Baptême, nous avons été libérés de l'esclavage au diable et ressuscités par le Saint-Esprit à la Vie Éternelle. Par le Mystère de l'onction, nous avons reçu la capacité de nous perfectionner spirituellement. Dans le Mystère de la Communion, nous pouvons nous unir invisiblement avec le Seigneur Lui-même. Le Dieu Tout-Puissant est généreux envers nous autant qu'un Père aimant peut être généreux. Mais sommes-nous dignes des dons du Très-Haut, répondons-nous à l'amour du Créateur, entendons-nous l'appel du Seigneur? Hélas, vraiment pas toujours, et pas tous.

C'est à ceux dont l'attachement aux choses terrestres ne permet pas d'entendre l'appel de Dieu que le Sauveur parle, dans la parabole des appelés au festin. Dans cette parabole, le maître du festin représente le Roi des cieux, et les invités au festin, vous et moi, qui nous disons chrétiens et appelés à la Vie Éternelle dans le Royaume des Cieux.

Que convient-il de faire quand le Maître et Seigneur t'invite à participer à Sa fête? Bien sûr, oublier tout le reste, lâcher tout et se précipiter, courir à toutes jambes à cette célébration. Mais voici ce que le maître du festin entend dans la parabole de l'Évangile au sujet de ceux qu'il a invités chez lui : «Le premier lui dit : J’ai acheté une terre, et il faut que j’aille la voir ; je te prie de m’excuser. Le second dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je vais les essayer ; je te prie de m’excuser. Un autre dit : Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne puis aller»(Luc14;18-20).

Pour ces gens, l'avidité et la volupté obscurcirent la Lumière céleste. Les meuglements des bœufs et le murmure des femmes ne leur permirent pas d'entendre la voix de Dieu. Et le Seigneur en colère dit à leur sujet : «aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon festin»(Luc14;24), «car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus»(Mat.22;14).
Que signifie 'entendre l'appel de Dieu et y répondre' ? Que signifie devenir non seulement un invité, mais un élu, devenir chrétien non seulement par le nom, mais aussi en esprit? La route qui mène au festin dans le Royaume des cieux est raide et caillouteuse. Ce chemin exige de l'homme le renoncement à soi et le sacrifice ; le refus des plaisirs temporels pécheurs en échange du pur bonheur éternel. L'alpiniste qui emporterait en montagne un grand sac de bibelots inutiles, on le regarderait comme s'il avait perdu la raison. De même, ce n'est pas celui qui est lié par son penchant pour les choses de la vie matérielle, qui atteint les demeures de notre Père Céleste, mais celui qu'inspire un désir tout-puissant pour ce qu'il y a de plus élevé. «Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède, ne peut être Mon disciple»(Luc 14, 33), dit le Sauveur.

Les fêtes de l'Église orthodoxe sont le reflet terrestre de l'éternelle fête céleste. Et sur terre, le Seigneur nous appelle à Son Banquet, mais serons-nous élus pour cette fête, serons-nous dignes d'y participer? Comment devrions-nous rencontrer la très lumineuse Nativité du Christ? Est-ce seulement en nous délectant du son des chants de la Nativité, en dansant autour du sapin de la Nativité couvert de décorations, en nous remplissant le ventre de mets goûteux?

Le Christ Enfant-Dieu naquit dans une crèche, là où on nourrissait le bétail. Ce fut une honte pour l'humanité de l'époque : pour la Nativité du Christ, on ne trouva pas sur terre de meilleur endroit, car l'atmosphère des demeures des hommes, leurs maisons, leurs palais et même le temple de Jérusalem étaient empestés par la puanteur du péché. Le Fils de Dieu S'incarna dans une pauvre grotte, là où ne parvenaient pas les tourbillons des passions du genre humain déchu.

Notre Sauveur, le plus grand Sacrifice Propitiatoire, Qui nous racheta de l'esclavage du péché, a daigné habiter dans le cœur de Ses fidèles disciples. Et célébrer la Nativité, c'est préparer la caverne de notre cœur à la rencontre de l'Enfant Divin.
Mais si nous regardons notre monde intérieur, alors, par comparaison, la pauvre crèche de la Nativité nous semblera être une somptueuse chambre d'apparat. Combien de désirs impurs collent aux murs de nos «grottes», combien de débris de nos préoccupations frivoles s'y sont accumulés, combien de passions étouffantes planent dans l'air. Si nous n'avons pas le temps de nous débarrasser de tout cela, alors il n'y aura pas de fête du Seigneur pour nous lors de la Nativité du Christ ; elle passera à côté de nous, avec ses dons de grâce.

Maintenant, le temps du Carême de la Nativité est un temps de purification, sans lequel nous ne pourrons goûter la douceur divine de la grande fête. Au bénéfice de notre corps et de notre âme, nous nous abstenons de nourriture lourde et des pensées agitées, des paroles oisives et des actions pécheresses, et marchons sur le chemin salvateur de la repentance ; alors nous entendrons enfin l'appel de Dieu Qui nous aime tous. Saint Ignace (Brianchaninov) dit, «Pour être accompagnés par la grâce de Dieu, il faut se purifier par le repentir. Dans le repentir, tous les commandements de Dieu sont combinés. Le repentir fait entrer le chrétien d'abord dans la crainte de Dieu, puis dans l'amour divin.»

Le Maître du Festin de la parabole de l'Évangile, ayant entendu le refus des invités, envoya convoquer à la fête le long des routes et des haies (Luc 14, 23). Et maintenant, l'appel de grâce du Seigneur est adressé à tous sans exception. Ne soyons pas, vous et moi, pareils à ces aveugles spirituels qui, à cause de la bassesse de leurs passions, renoncèrent au bien le plus élevé. Que la fête de la Nativité du Christ soit pour nous cette joie spirituelle indicible, qu'aucune préoccupation de ce monde ne vienne obscurcir, car maintenant naît ... le Sauveur, le Christ notre Seigneur (Luc 2,11).

Saint Nicolas, Thaumaturge de Myre en Lycie

6 décembre / 19 décembre

Saint Nicolas fut le fils unique de riches et pieux parents. Béni dès avant sa naissance par la grâce de Dieu, il grandit en âge et en raison et se perfectionna dans les vertus que lui avaient inculquées sa mère et son père. Devenu adulte et ayant atteint la perfection dans la parole et la doctrine, Saint Nicolas s'avéra parfait dans la vie même. Il gardait la vraie chasteté, contemplait toujours le Seigneur avec un esprit pur et fréquentait diligemment l'église de Dieu. Là, il passait des jours et des nuits en prière et à lire les livres divins, et le Saint-Esprit habitait véritablement en lui, comme en un temple.

Un jour, Saint Nicolas embarqua sur un vaisseau et navigua en mer vers Jérusalem. Une terrible tempête se leva inopinément. Tous furent pris de peur et pensaient que leur dernière heure était venue, mais Saint Nicolas éleva sa prière vers Dieu, et aussitôt la mer se calma, et un grand calme s'installa.


Après avoir séjourné assez longtemps à Jérusalem, il souhaita se retirer au désert et passer sa vie dans le calme et le silence. Mais le Seigneur ne le voulut pas et envoya Nicolas dans le pays de Lycie, en la ville de Myre, pour afin qu'il y devienne évêque. N'aimant pas la gloire de ce monde, le Saint refusa longtemps, mais craignant de désobéir au Seigneur et constatant que tous le peuple le lui demandait, il reçut contre sa volonté l'ordination épiscopale. Saint Nicolas était de mœurs douces et bénignes. Humble d'esprit, il s'habillait simplement, mangeait peu, et de la nourriture simple. Sa maison était ouverte à tous. Il était un père pour les orphelins, le donateur généreux pour les mendiants, le consolateur de ceux qui pleuraient, le soutien des offensés et le grand bienfaiteur de tous.


A cette époque, les maléfiques empereurs Dioclétien et Maximien frappèrent les chrétiens de persécution. Saint Nicolas fut capturé et incarcéré. En prison, il souffrit de la faim, de la soif et de la promiscuité. Mais Dieu ne jugea pas bon de lui faire quitter ce monde. Bientôt, les empereurs maléfiques moururent, l'Empereur Constantin, égal aux apôtres, accéda au trône et Saint Nicolas put retourner en sa ville, coiffé de  la couronne de confesseur de la foi.

Saint Nicolas défendit avec zèle l'orthodoxie lors du premier Concile œcuménique et même, obéissant à une injonction divine, frappa au visage l'hérétique Arius. Quand on voulut le punir sévèrement pour cela, le Sauveur et la Très Sainte Mère de Dieu apparurent à certains saints pères et les convainquirent que Saint Nicolas plaisait grandement à Dieu.


Il vécut maintes années à Myre de Lycie et, ayant atteint un âge très avancé, il s'endormit dans le Seigneur. Il passa avec joie et prière à l'heureuse vie éternelle, accompagné d'anges et accueilli par tous les saints.

De nombreux grands miracles furent accomplis par Saint Nicolas pendant sa vie terrestre et après son décès. Pour tous ceux qui étaient dans le besoin, il fut le prompt soutien, l'avocat et l'intercesseur zélé. Et maintenant, il aide encore ceux qui font appel à lui et les délivre des malheurs. Il est impossible de dénombrer ses miracles; il est connu de l'Orient à l'Occident. En tous les confins de la terre, ses miracles sont connus. Que le Dieu Trine, Père, Fils, et Saint-Esprit, ainsi que Son Saint Nom soient glorifiés par tous dans les siècles des siècles.

Les dix lépreux.

Homélie pour le vingt décembre

 

Un jour, le Christ passa devant des malheureux, dix lépreux qui, en raison de leur terrible maladie, n'avaient pas le droit de fréquenter les autres gens. La lèpre est une maladie terrible qui affecte l'homme et la femme, détruisant progressivement chair et os. La lèpre est également terrible car c'est une maladie contagieuse. Par conséquent, les personnes qui en étaient affligées étaient chassées de la société et envoyées dans le désert ou dans les cimetières abandonnés. Le Christ entendit le cri de prière de ces dix hommes frappés par la lèpre, qui, n'ayant pas le droit de s'approcher, Lui demandèrent à distance : «Jésus, Maître, aie pitié de nous» (Luc 17; 13). Par une seule parole toute-puissante, le Christ les libéra de la maladie et de l'exclusion : «Allez, montrez-vous aux prêtres». Celui qui était guéri de la lèpre devait, avant de reprendre une vie normale et fréquenter les gens,  recevoir le témoignage d'un prêtre.

Et les dix guéris se précipitèrent avec joie vers la bourgade, se présentèrent au prêtre, rencontrèrent leurs parents et leurs proches; leur joie et leur enthousiasme étaient sans borne. Mais sur les dix, comme le dit l'Évangile, seul un Samaritain se rappela qu'il convenait de retourner et remercier le Responsable de sa guérison. Le Samaritain revint, s'agenouilla devant Lui, Le remercia et Le glorifia. Le Christ accepta cette reconnaissance, mais Il remarqua avec amertume: «Est-ce que les dix n’ont pas été guéris ? Et les neuf, où sont-ils ?» (Luc 17, 17).

Pourquoi, sur les dix qui reçurent la grâce, un seul homme vint-il remercier? La gratitude est un sentiment grand et sublime. La gratitude est une vertu difficile. Bien que généralement, on admette qu'il soit plus difficile de demander quelque chose à quelqu'un, car cela génère un sentiment de honte et de gêne, il est peut-être encore plus difficile de remercier. Tant qu'une personne est dans le besoin, tant que quelqu'un a du chagrin, de la peine et des larmes, il demande, il insiste, il crie. Quand tout cela appartient au passé, à peine a-t-il ressenti le bien-être, qu'il oublie bienfaiteurs et gratitude.


La Sainte Église, connaissant la faiblesse humaine, au moment de la Divine Liturgie, au début du Canon Eucharistique, ne nous rappelle pas par hasard : «Rendons grâce au Seigneur». En premier lieu, nous devons remercier le Seigneur. Pourquoi Le remercier ? Pour avoir tout reçu de Lui. Pour avoir le bonheur de vivre et de respirer; pour avoir la possibilité de ressentir et d'aimer; même pour avoir la possibilité de souffrir et de pleurer. Pour tout cela, ce bienfait envoyé par Dieu, je Lui dois la gratitude. Le sentiment de gratitude est le sentiment le plus lumineux et le plus sublime parmi les sentiments religieux, le plus nécessaire. Nous entrons dans la sainte église tous unis par une même foi et une même espérance, mais avec nos humeurs respectives. Tout homme quel qu'il soit a son propre état d'esprit, même ici, en ce moment de prière commune et de participation à la Divine Liturgie. Chacun a en lui quelque chose qui lui est propre, plus intime et unique. L'un est possédé par une douloureuse maladie, un autre est irrité par les soucis de la vie quotidienne, un autre est tombé dans le découragement, le désespoir. L'âme d'un autre pleure les larmes du repentir, un autre a été injustement offensé, un autre encore a fait du tort quelqu'un et se repent de son acte. Par conséquent, nous sommes tous différents ici, et ce que nous avons en nous est propre à chacun et chacune. Mais quoi qu'il en soit, nous devons tous ensemble remercier le Seigneur, pour tout. Notre prière commune de gratitude envers le seul Dieu nous unit et ranime le feu du sentiment sacré de l'amour et de la révérence frémissante.

Les chrétiens doivent construire leur vie sur base de l'exemple de celui des dix guéris qui est revenu et a remercier le Seigneur. Il est nécessaire de remercier Dieu non seulement pour la joie, mais aussi pour le chagrin; non seulement pour les sourires de la vie, mais aussi pour les larmes; non seulement pour notre santé, mais aussi pour la maladie, car tout ce qui nous est donné sert à notre bien et à notre édification, sert la cause de notre salut. Le Seigneur nous envoie seulement tout ce qui est bon et bien. Nous attirons sur nous le mal, aspirés par notre amour de nous-mêmes, nos passions et les désirs de notre corps. C'est nous qui attirons sur nous-mêmes les tourments tant spirituels que corporels. Nous devons nous remettre plus souvent entre les mains de Dieu en Lui faisant confiance,  Lui rendant grâce, et alors le Seigneur arrangera avec sagesse le chemin de notre vie et nous donnera tout ce dont nous avons besoin.

La gratitude est un sentiment majestueux. Nous aimons quand les autres nous remercient, nous honorons de telles gens, et disons : c'est quelqu'un de reconnaissant et courtois. Mais nous-mêmes ne sommes guère pressés de remercier. Le Seigneur aime aussi ceux qui Lui adressent leur gratitude. Il n'a pas besoin de nos actions de grâce, c'est à nous que ce sentiment est nécessaire, afin d'éduquer et sanctifier notre cœur et notre âme dans le Seigneur et par le Seigneur.


Comme il est agréable et joyeux d'entendre de l'Évangile qu'il y en eut encore au moins un sur dix qui loua le Seigneur, son Guérisseur et Thaumaturge. En cet homme, frères et sœurs, il y a un espoir joyeux pour nous aussi. Cet homme qui remercie le Seigneur est pour nous une source particulière d'affection et de réconfort. Ce n'est pas un hasard, car dans notre cœur, nous avons de bons sentiments prêts à se manifester, mais nous les supprimons souvent et ne leur permettons pas de croître. A l'écoute du récit de l'Évangile, les neuf autres lépreux, vous les plaignez involontairement, vous vous inquiétez pour eux, ces malheureux devenus heureux. Involontairement, j'aimerais en quelque sorte excuser leur erreur, parce que étant complètement morts, ils sont revenus à la vie; étant rejetés, ils revinrent dans la société, auprès des gens, de leurs parents et amis. Involontairement, humainement, j'aimerais les justifier, dans la joie reçue par ceux qui oublièrent Celui Qui la leur avait donnée. Parce que l'homme manque tellement de joie, d'enthousiasme et de jubilation dans la vie. Tout cela lui est si cher que, ayant reçu de la joie, il s'y perd, craignant de perdre ce qu'il a reçu.

Il faut se rappeler que le bonheur réel, le bonheur spirituel en Jésus-Christ, n'est pas éphémère. La Source de tout bien et de toute consolation est toujours avec nous, Elle ne nous oublie pas. Nous devons, avec un cœur reconnaissant et des lèvres reconnaissantes, nous se souvenir de Lui et de Ses bienfaits. Dans la Sainte Liturgie, avec l'Église nous remercions le Seigneur pour toutes Ses bénédictions, «qui sont sur nous», visibles et invisibles, bien que le Seigneur n'ait pas besoin de cela, car les saints anges et archanges, les armées célestes, les chérubins et les séraphins clament la louange à Sa gloire. Nous joignant à l'armée céleste, glorifions et remercions plus souvent Dieu, car à Lui seul reviennent gloire et action de grâce dans les siècles. Amen.